08/11/2006

La rénovations a cheratte

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LA RÉNOVATION DE LA CITÉ DE CHERATTE

(Extrait d’un article de Georges Preud’homme et d’une note de l’architecte Jacques Lejeune et paru dans les Notices Visétoises, n°15 consacrées au logement social en Basse-Meuse)

I. Les problèmes.

La société agréée qui doit démêler l’écheveau du choix des immeubles à rénover, des mesures administratives à prendre, des problèmes sociaux, des problèmes techniques, de l’incidence financière d’une entreprise de rénovation, ne peut se faire aucune illusion sur la complexité des problèmes à résoudre.

Certaines solutions trouvées avant le démarrage des travaux s’avèreront d’ailleurs mal adaptées ou inefficaces en cours d’opération, surtout les dispositions concernant les cas sociaux. Visé s’est vue dans l’obligation de foncer dans la rénovation de la Cité de Cheratte.

Elle ne le regrette pas.

Cette opération, avec ses relents d’aventures, ne manque pas de piquant avec tous les défis qu’elle comporte. La société était cependant confrontée à pas mal de difficultés :

- Déterminer les logements à démolir (42 taudis) ;
- Déterminer les logements à rénover (222) ;
- Démolir un immeuble industriel (Charbonnage) ;
- Nettoyer provisoirement les jardins et abords (250 containers de 10 m3) ;
- Transformation d’un immeuble de 220 chambres (Hôtel du Curé) en appartements (28) ;
- Construction de 280 garages ;
- Construction d’annexes et d’abris de jardin (197) ;
- Construction de nouveaux logements (47) ;
- Remise en ordre et amélioration de l’équipement urbain ;
- Rénovation intérieure des logements (sanitaire, électricité, menuiserie, plafonnage, carrelage, etc.).

Ce menu copieux était en plus assaisonné par les avis de la Commission des Monuments et Sites, qui désirait classer le «Site». Faut-il ajouter que ce grand projet arrive à bonne fin grâce à la collaboration de toutes les Administrations concernées et notamment à celle de la Société Nationale du Logement devenue par la suite la S.W.L.

II. La méthode de travail.

Le choix des immeubles insalubres non améliorables à démolir et des immeubles insalubres améliorables a été réalisé par l’I.N.L. Un programme général à long terme a été ensuite établi.
Il comprenait dans l’ordre chronologique :

1. L’enlèvement des décombres et détritus et le nettoyage complet de la Cité d’une surface de
    11 ha. L’émondage de plus ou moins 600 arbres. Ces opérations ont été exécutées par des
    chômeurs remis au travail.

2. La rénovation extérieure des immeubles améliorables divisée en trois tranches de plus ou
    moins 70 logements. Cette opération était la plus urgente, afin d’arrêter la détérioration
    largement amorcée des habitations.

3. Parallèlement était mise en route la transformation de «l’Hôtel du Curé», qui abriterait la
    population des immeubles à démolir.

Cet immeuble, à l’origine très délabré, comprenait environ 220 cellules et une cantine. Il servait de logement aux ouvriers étrangers célibataires travaillant au charbonnage de Cheratte. Suivant le rapport d’expertise daté du 31.07.76 du receveur de l’Enregistrement, il valait 1.000.000,-frs. Ce bâtiment a été rénové et transformé en 28 appartements d’une et de deux chambres avec salle de bain. Le coût de cette opération se monte à 30.066.867,-frs hors TVA.
Le montant de la rénovation comprend les travaux de démolition, la rénovation proprement dite et les abords composés d’un grand espace vert, coupé d’allées devant la façade principale et d’une vaste cour à l’arrière.
Le principe de base dans la rénovation de cet immeuble était de conserver les massifs de maçonnerie principaux et de n’abattre que les cloisons secondaires. Ceci a parfois donné lieu à des pièces plus grandes de forme particulière, mais qui finalement avaient tout leur cachet dans le cadre de l’immeuble et créaient un jeu de volume original. L’aspect extérieur du bâtiment a été rigoureusement respecté et il est resté planté au milieu des arbres existants. La distribution d’eau chaude sanitaire est assurée par boeller électrique nuit.
Une centrale de chauffage au gaz, entièrement automatique alimente les appartements et les communs.
Le coût de l’énergie est réparti à l’aide de compteurs de chaleur. Elle se monte en moyenne à 24.800,-frs par an et par appartement. Le délai d’exécution était de 300 jours calendrier, il a été prolongé de 40 jours.

4. Vient alors la construction des garages et des abris de jardin, qui rendront possible la   
    démolition de toutes les constructions sauvages élevées par les habitants.

5. Enfin suivra la construction de 47 nouveaux logements dans lesquels seront transférées les
    familles dont la maison est à rénover intérieurement.

6. C’est à ce moment également que seront exécutés par tranche, les travaux d’infrastructure :
    égouts, eau, gaz, électricité et téléphone, placés dans une même tranchée.

7. Finalement les revêtements des chaussées seront réparés et les abords des logements
    aménagés.

L’importance de ce programme est à souligner. Il permet de garder la tête froide sans perdre de vue la marche générale du planning, tout en étudiant le détail des opérations à effectuer dans chaque tranche de l’ouvrage.

Au risque de nous répéter, nous pensons que la seule façon d’en sortir, sans trop de dommage, et pour les habitants et pour la Société, consiste dans le fractionnement correctement exécuté d’un programme général à long terme prévu avant toute exécution.

Une telle méthode, plus lente au démarrage, raccourcit les délais, évite les répétitions et les travaux inutiles.

A titre d’exemple, la Cité a été acquise en 1978, le programme s’exécute, la construction des 47 nouveaux logements débutera au printemps 82 et les deux dernières tranches sont à l’étude, à savoir : la rénovation intérieure et les travaux d’infrastructure.

III. Les points délicats

L’aspect social.

La solution des problèmes sociaux demande une patience infinie et une persévérance à toute épreuve. Le doigté et la délicatesse associés à une certaine fermeté seront les conditions indispensables dans les relations avec les habitants.

Dès l’achat de la Cité, les locataires, qui sont des émigrés pour 80% de la population, ont été prévenus à toute occasion par des réunions de quartier.

Il leur a été expliqué les raisons et la façon dont le site sera rénové.

A ce stade l’accord est unanime pour le changement.

Mais lorsque les habitants sont invités expressément à nettoyer et déblayer leur parcelle, ou s’ils sont convoqués à une opération collective de nettoyage avec apport de containers, les attitudes deviennent plus réticentes. Les réactions sont tantôt positives, tantôt négatives.

Un élan spontané lance parfois une opération, mais quelques réactionnaires bloquent les meilleures intentions.

Depuis la parution de cet article, les dernières tranches de rénovation prévues, sont à présent terminées.

Les logements sont ainsi équipés d’une nouvelle installation électrique conforme et les anciennes portes et fenêtres métalliques ont fait place à des châssis P.V.C.

Les 2 blocs de 12 appartements, rue du Port et rue du Curé, sont actuellement en cours de rénovation complète.

11:42 Écrit par David Kever dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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